Les cours du soja et du maïs ont clôturé mardi à des niveaux records à la Bourse de Chicago, emportés par les craintes de plus en plus vives de rendements particulièrement mauvais après deux mois de sécheresse accablante aux Etats-Unis.
Les prix du soja ont terminé, mardi, à des niveaux historiques : le boisseau pour livraison en novembre, contrat de référence, a clôturé à 17,3250 dollars, après s'être hissé jusqu'à 17,34 dollars en cours de séance, à la Bourse de Chicago. Le précédent record, atteint le 23 juillet, atteignait 16,9150 dollars le boisseau pour ce contrat.
Le maïs a également terminé la séance à un niveau historique, à 8,3875 dollars le boisseau pour livraison en décembre.
Depuis la mi-juin, une sécheresse accablante et des chaleurs historiques, plus vues depuis 1895 pour le mois de juillet, ont gravement détérioré les perspectives de récoltes au sein de la Corn Belt (centre des Etats-Unis), le grenier céréalier du premier producteur mondial de soja et de maïs. Intervenus à des moments critiques du développement des cultures, le manque d'humidité et les fortes températures ont provoqué d'importantes révisions à la baisse des estimations officielles de rendements de ces deux produits par le ministère de l'Agriculture (USDA), au début d'août.
Le pessimisme des courtiers s'est encore accru, lundi, avec la diffusion des premières analyses d'une enquête de terrain effectuée par la société spécialisée Pro Farmer cette semaine, en provenance des Etats du Dakota du Sud et de l'Ohio. Suivront, dans les prochains jours, les Etats de l'Indiana, de l'Illinois, du Nebraska, de l'Iowa et du Minnesota.
Selon les échantillons récoltés par les experts, « les rendements du soja sont inférieurs aux premières estimations de l'USDA », a souligné Rich Nelson, analyste de la maison de courtage Allendale. « Les observateurs avaient espéré de meilleurs résultats en raison des températures un peu plus douces et des averses de ces dernières semaines », indique une note de Commerzbank. Or, la maturation de l'oléagineux « est déjà terminée, et de futures pluies peuvent seulement avoir un impact positif sur la taille et la qualité des germes », ajoute le document.
Selon Don Roose, de US Commodities, « cette enquête est généralement très fiable » pour prévoir les rendements finaux, et jouit d'une très bonne réputation auprès des courtiers, ce qui a entraîné une envolée immédiate des prix.
Les quelques pluies des derniers jours aux Etats-Unis ont permis de mettre un terme à la dégradation des cultures de soja, mais, comme pour le maïs, les dégâts de la sécheresse semblent toutefois en grande partie irréversibles. Dans son dernier relevé hebdomadaire sur l'état des cultures arrêté au 19 août et publié lundi soir, l'USDA estime que 31 % des plants de soja sont bons ou excellents, alors que l'an passé 59 % des plantations entraient dans ces catégories.
Par ailleurs, la demande ne faiblit pas encore malgré les prix élevés. « Aussi bien les ventes à l'exportation que celles pour un usage domestique (aux Etats-Unis) dépassent les attentes de l'USDA », a indiqué M. Nelson.
Ce n'est toutefois qu'une question de temps pour Frank Cholly, de RJO Futures, qui, avec d'autres analystes, prévoit un retournement de la situation à moyen terme. « La hausse des cours fera automatiquement baisser la demande, tout en provoquant une augmentation de la production car ces cultures deviendront plus profitables pour les fermiers », a-t-il expliqué. M. Cholly anticipe donc une augmentation de la production de soja en 2013, aux Etats-Unis, mais aussi en Amérique latine, également touchée par une grave sécheresse au début de l'année.
Du côté du blé, le boisseau pour livraison en décembre a lui aussi nettement progressé, mardi à Chicago, dans le sillage de la hausse du maïs, à 9,2200 dollars contre 9,0275 dollars lundi. « Une forte hausse des prix du maïs tend à pousser les acheteurs vers le blé », moins cher, pour nourrir le bétail notamment, a précisé Joe Victor, de Minneapolis Exchange.