D’après leurs premières simulations, les chercheurs de l’Inra estiment en moyenne à 6.000 euros par exploitation céréalière la perte d'aides résultant de la redistribution décidée par le ministre de l'Agriculture, a indiqué Hervé Guyomard, directeur scientifique à l’Inra, à l’occasion d’un débat organisé lundi à Paris par l’Afja (Association française des journalistes agricoles).
Mais la situation est très variable selon les régions. Les pertes en Bretagne devraient être plutôt faibles comparées à celles de la Champagne-Ardenne. «L'impact est très fort dans les régions intermédiaires avec des revenus plus faibles, souligne le chercheur. Les producteurs de la Bourgogne, par exemple, pourraient voir leurs soutiens diminuer de 9.500 euros par an». La première réunion du groupe de travail sur le sort des zones intermédiaires devrait avoir lieu le 19 mars 2009.
A l'occasion de ce débat, trois céréaliers ont témoigné des baisses de subventions sur leur exploitation. Pour Christophe de Rycke (120 ha), secrétaire général de la FDSEA de la Seine-et-Marne, la réorientation des aides Pac entraînerait une baisse de 10.000 euros d'aides, sans compter les 4.000 euros d'aides rotationnelles qu'il perd dès cette année puisque la mesure disparaît. «Je perçois 400 €/ha, des aides qui sont encore vitales», explique-t-il.
Son collègue de la Côte-d'Or, Jacques de Loisy, administrateur à l'AGPB, en EARL avec son frère sur 210 ha, redoute une chute de 20.000 €. Situé en zone intermédiaire, il a rappelé que le potentiel économique des terres est limité, comme le choix de types de cultures.
Tous deux dénoncent une réforme «brutale», «à charge». «Nous aurions préféré un système flexible, comme aux Etats-Unis», explique Christophe de Rycke. «L'harmonisation des aides nécessitait du courage, renchérit Jacques de Loisy. Avec une aide unique à l'hectare de 300 € en Côte-d'Or – le minimum pour vivre –, on pouvait trouver des marges. C'est d'ailleurs ce que demandaient 25 départements de zones intermédiaires», rappelle-t-il.
Pour Hervé Guyomard, quelle que soit la voie choisie, le résultat aurait été le même. Les céréaliers étaient prévenus depuis longtemps. «Tout ce qui a été décidé aujourd'hui, pouvait l'être en 2005, rappelle Jacques Pasquier, céréalier dans la Vienne et porte-parole de la Confédération paysanne. On aurait même pu aller au-delà et éviter ainsi le drame du secteur ovin.»
Jacques Pasquier a perçu 27.000 € d'aides Pac en 2008. Il a déjà perdu l'année dernière le bénéfice de la MAE rotationnelle (3.000 €) et estime ses pertes en 2010 à 4.000 €. «Cela a peu d'incidence», relativise-t-il.
Selon Hervé Guyomard, la variable d'ajustement sera le nombre d'agriculteurs. On constate des agrandissements à chaque réforme. «Pour moi, il y a différents modèles d'exploitation. Le modèle familial n'est pas optimal en céréales. Mais plus à promouvoir en système herbager.»
Pour lui, «il faut légitimer la Pac pour défendre le modèle agricole français auprès des autres pays européens dans le cadre de l’après-2013. Les autres Etats membres n'ont pas tous ces débats car ils ont déjà fait leurs choix en 2003 pour préserver leurs modèles». Il a également souligné des conséquences pour les coopératives et l'industrie agroalimentaire.
Les agriculteurs comme leurs partenaires devront s'adapter. Certains céréaliers pourront avoir un retour avec des aides aux protéines végétales ou aux légumes de plein champ.
Les coopératives doivent aussi se préparer. Jean-Luc Gandon, vice-président de Champagne céréales, estime que celles-ci devront accompagner leurs adhérents concernant les trésoriers d'exploitation, qui seront impactées rapidement. Mais surtout, «il faut amplifier les moyens en place, comme la transformation. Il faut créer du revenu pour nos adhérents», a-t-il indiqué.