L'expansion des multinationales qui s'opère dans le secteur de la viande depuis les années 1980 prend un tournant qui n'est « pas sans conséquences sur l’organisation des filières, la nature des liens entre les acteurs de la filière de l’amont et de l’aval », de même que « les flux de viande à travers le monde », s'inquiète FranceAgriMer dans sa synthèse parue en août.
En réalité, c'est toute « la géopolitique des productions animales » qui se trouve bouleversée par ces « global players » qui fleurissent depuis le début du siècle. Ce sont des multinationales présentes sur « au moins deux productions animales, voire trois et sur plusieurs continents ». Fruits de multiples acquisitions « parfois très variées », elles peuvent avoir « un champ d’activités bien plus large que celui des productions de viandes », même si la plupart « ont conservé une part d’activité prédominante » dans leur secteur d’origine (bœuf, porc, volaille).
Les dix plus importants groupes assurent la commercialisation d’environ 15 % de la production mondiale de viande.
« Les gouvernements sont désormais très vigilants sur la situation de position dominante de ces grands groupes », qui peuvent « acquérir en un court laps de temps plusieurs entreprises d’importance ». Les plus importants sont américains (Smithfield Foods, Tyson Foods, Cargill) ou brésiliens (JBS, Marfrig, Brasil Foods), remarque FranceAgriMer.
Par ces « acquisitions successives sur différents continents, ces grands groupes disposent d’un pouvoir important dans l’expansion locale des productions animales et leur transformation. Ils peuvent […] être des acteurs de l’évolution par grande zone du globe des équilibres offre-demande [...] aux dépens des gouvernements et des structures internationales », expose la note de synthèse.
Ils sont présents dans les principaux pays producteurs et consommateurs, et peuvent tirer profit des accords sur la libéralisation des échanges à l’OMC et des accords bilatéraux, ou encore jongler sur les paramètres économiques, comme le coût de la main-d'œuvre ou de l’aliment du bétail, précise-t-elle.
Ainsi, en 2008, rapporte FranceAgriMer, le ministère américain de la Justice (DOJ) a empêché la poursuite du processus d’acquisition de National Beef Packing Company, le numéro 4 dans ce secteur, par JBS, le numéro 1, brésilien. Il a estimé que « le nouveau contexte serait de nature à avoir des effets potentiels négatifs sur les prix au stade de la production et de la consommation », indique l'office.
En effet, « la constitution récente de “global players” brésiliens dans le secteur de la viande a quelque peu changé la donne », analyse l'office. « Une concurrence entre acteurs brésiliens et américains sur les opportunités de fusion, acquisition, partenariat est devenue possible », et « des pans d’entreprises sont susceptibles de changer plus facilement de mains ».
Et les « global players » européens ? Les premiers groupes (Danish Crown, Vion, Bigard, Doux, LDC…) sont très loin derrière les brésiliens et américains, « avec un rayonnement industriel qui ne dépasse que rarement les frontières de l’Union européenne en matière d’implantations industrielles », souligne FranceAgriMer.
Téléchargez la note de synthèse de FranceAgriMer (n° 9 – août 2011)